Itaëll
On peut fuir les difficultés de la vie
et vivre à contre-vie.
Certes, on peut les fuir,
mais la terre est ronde.
"Il n'en est pas question Aiwë !
- Mais maman…
- Non ! Si tu t'étais seulement évanouie, j'aurais pu te laisser y
aller mais si, en plus, tu ne te souviens de rien, il n'en est même pas
question !
- Mais j'ai envie d'aller à l'école…
- Tu as envie ?" s'étonna sa mère. "C'est la première
fois que j'entends un de mes enfants dire qu'il a envie d'aller à l'école
!"
Morgan se mêla alors à la conversation.
"C'est parce qu'elle a un n’amoureux qu'elle veut !"
s'exclama-t-il.
Sa mère regarda Aiwë d'un air perplexe et Aiwë rougit. Mon dieu,
cet idiot ne faisait que se venger pour ce midi et sa mère croyait tout ce
qu'il disait ! C'était n'importe quoi, la plupart des garçons qu'elle
connaissait dans son lycée n'étaient… Enfin, elle n'aurait pas trop voulu
sortir avec eux. L'image d'Itaëll s'imposa à son esprit. Sortir avec lui ?
Elle éclata de rire sous les regards éberlués de sa mère et de son
frère.
***
"Elle t'a finalement laissé venir, c'est cool !"
s'exclama Lenaïg en voyant arriver Aiwë.
"Salut !" répondit Aiwë. "Ouais, elle m'a laissée
venir mais j'dois l'appeler dès que je me sens mal, mais je m'sens bien depuis
que je t'ai appelé hier donc je vois pas pourquoi j'irai mal aujourd'hui !
- Hum, on sait jamais. Tiens, j't'ai pris tes devoirs. Le Menn a
rendu les disserts…
- J'ai combien ? Quoi ? 10 ? Mais j'l'avais réussi celle-là en
plus ! J'suis sûr qu'il peut pas m'voir, ce prof !
- Pfff, t'inquiètes, moi j'ai eu 8… " soupira Naïa.
" Ah ? Woups. Bah, on f'ra mieux la prochaine fois !
- Ouais !
Les trois filles restèrent discuter puis la cloche sonna et la
cour se vida peu à peu.
***
"Bon, installez-vous. Nous allons continuer l'étude de
l'Assommoir en prenant le texte page 215 pour la version Pocket. Pour les
autres, vous prenez le début du chapitre 7 et vous…"
Aiwë n'écoutait pas. Aussitôt installée, elle avait attendu
qu'Itaëll arrive pour le fixer d'un air interrogateur. Elle avait espéré qu'il
lui parle mais il s'était contenté de la regarder avec cet air moqueur si
caractéristique. Il lui aurait parlé si ç'avait été lui le soir où elle s'était
évanouie, n'est-ce pas ? Donc… ce n'était pas lui. Pourtant, Aiwë en était
presque certaine, sans savoir pourquoi…
Pour le savoir, il aurait suffi de le lui demander mais jamais
elle n'aurait fais une chose pareille. Il l'énervait trop et dès qu'elle lui
parlait, elle se sentait obligée de lui crier dessus. Alors elle ne lui parlait
pas. Autant éviter la casse…
Mais comment savoir alors ? Il faudrait déjà qu'elle sache où il
habite… Elle n'avait qu'à le suivre ce soir… La jeune fille sourit. N'importe
quoi ! C'est pourtant ce qu'elle
décida de faire.
***
Quelqu'un décrocha.
"Allô ?
- Maman ? C'est Aiwë…
- Aiwë ? Oh, mon dieu, tu ne te sens pas bien, c'est ça ?
- Heu, si, justement. Je voulais savoir… Est-ce que je peux rester
à Lesneven ce soir jusqu'à vingt-et-une heures ? Naïa m'invite chez elle…"
dit-elle en croisant les doigts. Moi qui ne mens jamais d'habitude…
"Alors, je peux?
- Hum, tu es sûre que tu va bien ?
- Oui oui, ne t'inquiètes pas…
- Et si tu ne te sens pas bien,
- Je t'appelle, oui, je sais. Bye
maman.
- Au revoir ma chérie, tu m'appelles
quand je dois venir te chercher…
- D'acc… Bye !"
Et elle raccrocha. Ouf, ç'avait été facile finalement ! Dans une
heure, elle suivrait Itaëll jusqu'à chez lui et, une fois là-bas… elle se
rendrait compte qu'elle était la dernière des idiotes, c'était évident ! Mais
une intuition, un pressentiment étrange la poussait à le faire.
Alors elle le suivrait.
***
Mon dieu, qu'elle devait avoir l'air d'une imbécile comme ça !
Rasant les murs pour ne pas sa faire remarquer, jetant des coups d'œil aux
coins des rues pour voir s'il s'arrêtait, Aiwë filait Itaëll. Cela faisait déjà
cinq minutes qu'ils marchaient et Aiwë commençait à se dire que le métier de détective
ne devait pas être très facile.
Heureusement qu'Itaëll ne se retournait jamais !
A la sortie de l'école, ç'avait été facile, elle se dissimulait
dans la foule mais là, ça devenait plus difficile…
Soudain le jeune homme s'engouffra dans une ruelle.
"Mais qu'il est chiant !" jura-t-elle en se précipitant
vers l'intersection pour ne pas le perdre de vue. "Allons bon, il est
passé où cet idiot ?"
Aucune trace d'Itaëll.
Aiwë s'avança prudemment dans la ruelle, jetant des coups d'œil un
peu partout. Elle failli dépasser le chemin. Le sentier, envahi de
broussailles, de ronces, partait entre les murs de deux propriétés. Il ne
paraissait pas vraiment fréquenté mais autant essayer.
La jeune fille s'engouffra dans le passage en courant pour rattraper
Itaëll. Mais où était-il passé ? Peut-être qu'il n'était pas parti par là
finalement… Tant pis ! Si le jeune homme n'était pas parti par ici, elle ne le
retrouverait pas de toute façon alors autant continuer maintenant qu'elle y
était.
Le chemin était maintenant limité par deux talus qui empêchaient
toute visibilité. Etrangement, il paraissait en-dessous du niveau du sol. En
effet, depuis quelques minutes, Aiwë descendait en pente douce.
Finalement, le sentier arriva à l'entrée d'une grotte continuant à
s'enfoncer dans le sol.
"Une grotte ? Ici ? J'y crois pas… C'est dingue… "
s'exclama la jeune fille, essoufflée d'avoir tant couru. Elle se tut un instant
" Et tu fais quoi maintenant, idiote ! Tu vas pas y entrer quand même
!"
Pourtant, attirée, Aiwë s'avança jusqu'au seuil de la grotte. Elle
cligna légèrement des yeux pour tenter de s'habituer à l'obscurité puis pénétra
à l'intérieur. Le chemin continuait et s'enfonçait dans l'ombre.
Hésitant quelque peu, Aiwë le suivit, lentement, cherchant du bout
des pieds les pierres qui auraient du la faire trébucher. Mais il n'y en avait
aucune. Le sentier restait uniformément plat, comme s'il avait été taillé dans
la roche.
Ce qui apparut être le cas, deux minutes plus tard.
Alors qu'Aiwë décidait de revenir sur ses pas, son regard se
tourna vers la droite et elle vit une lueur au détour du chemin. Curieuse, elle
s'avança et un de ses pieds rencontra le vide. Elle cria et se jeta en arrière,
le souffle coupé, avant de comprendre qu'elle venait simplement de rencontrer
la première marche d'un escalier.
Un escalier ? Merde, je suis tombée où, moi ?
L'image d'un repère de dangereux bandits fit irruption dans son
esprit mais elle la chassa aussitôt.
"Hey, c'est p't-être un repère de résistants de la seconde
guerre mondiale ! Non, c'est pas poss', quelqu'un d'autre aurait du le
remarquer."
Elle regarda l'escalier qui plongeait dans l'obscurité. Dans
l'obscurité ? Non. Des touches de lumières éclairaient le passage.
Intriguée, la jeune fille s'approcha d'une de ses tâches de
lumière et découvrit, collée à la paroi, une mousse vert pâle qui paraissait
phosphorescente.
"P'tain, c'est trop dingue ! C'est fait exprès ? Heu, oui,
évidemment que c'est fait exprès, quelle conne !" Elle se posa deux
secondes sur un bloc de pierre pour réfléchir.
"Merde ! Je veux savoir !
Et, brusquement, elle s'élança sans l'escalier
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